Répression syndicale : « lorsqu’on a un discours à contre-courant du discours libéral, on nous tire dessus »

Le 23 septembre 2015, la CGT organise une initiative nationale pour exiger le respect des libertés d’expression et d’actions syndicales. D’ici là, le site de la CGT Poitou-Charentes vous propose de découvrir des témoignages de syndicalistes qui font ou ont fait l’objet de répression syndicale. Aujourd’hui, nous donnons la parole à Corinne Versini, Secrétaire générale de l’Union départementale CGT de Gironde. Après avoir été condamnée en première instance contre l’équipementier automobile Fonderies Ateliers du Bélier, Corinne Versini et l’Union départementale CGT ont décidé de faire appel de cette décision du Tribunal correctionnel de Bordeaux. A l’image de certains autres militants ou organisations, de par ses engagements, la syndicaliste est traitée comme une délinquante et traînée devant les tribunaux.

C.R. : Bonjour Corinne. Le 1er octobre, un nouveau chapitre du procès qui t’oppose à la direction de l’entreprise Fonderies Ateliers du Bélier va s’ouvrir. Et pour cause, tu as fait appel de la décision rendue par le tribunal au mois de mai dernier. Peux-tu revenir avec nous sur le contexte dans lequel intervient ce combat syndical ?

Corinne Versini : Au mois de mai dernier, j’ai été condamnée, ainsi que l’Union départementale CGT de Gironde pour « propos diffamatoires », par le Tribunal correctionnel de Bordeaux. Mon tort et celui de l’UD est d’avoir « osé » demander par courrier une table ronde aux pouvoirs publics, au regard des conditions de travail dégradées des salariés de l’équipementier automobile Fonderies Ateliers du Bélier (Bordeaux) – constatées par le Comité d’Hygiène, de Sécurité et de Conditions de Travail de l’entreprise – et pour débattre de l’avenir de cette dernière. Nos écrits ont véritablement agacé des dirigeants de la société. À partir des informations collectées par le CHSCT des Fonderies Ateliers du Bélier, nous avons simplement alerté les décideurs locaux sur l’impact des délocalisations d’activité en Hongrie et en Chine, notamment sur la montée des risques psychosociaux et chimiques accentués par des « conditions de travail moyenâgeuses ».

C.R. : Ce constat souligné par le CHSCT et que vous avez relayé s’inscrit dans une période de mutations pour l’équipementier automobile. Peux-tu nous en dire plus ?

C.V. : Effectivement, Fonderies Ateliers du Bélier ont choisi d’opérer une mutation économique vers l’aéronautique, un marché moins « exposé » à la concurrence. Cette mutation a fait l’objet à la fin de l’année dernière de la présentation d’un plan de gestion prévisionnelle des emplois et compétences (GPEC). Certains salariés ont estimé qu’ils risquaient de ne pas être conservés. Notre avocate a souligné que les salariés « n’ont pas été consultés ». A partir de là,  on a commencé à leur faire comprendre que si cela n’allait pas mieux, il y aurait un plan social. Mais il ne faut rien dire. Aucune tête ne doit dépasser. La rentabilité passe avant la santé. Pourtant, les risques psychosociaux et chimiques ont été soulignés par plusieurs rapports commandés par les institutions représentatives du personnel, comme le CHSCT. Les gens travaillent désormais dans des conditions qui les déstabilisent. Beaucoup de pièces sortent avec des défauts. Comme les salariés ne sont pas entendus en interne, ils ont sensibilisé l’extérieur. La situation est d’autant plus insupportable que la société a bénéficié de subventions publiques.

C.R. : Quelles premières condamnations avez-vous subit, l’Union départementale et toi-même ?

J’ai été personnellement condamné à 500 € d’amende et l’Union départementale à 4700 € – dont 3000 € avec sursis – pour propos « diffamatoires ». Nous ne pouvions que faire appel face de cette décision de justice, car la CGT n’a fait que reprendre ce qui a été constaté par les représentants du personnel au CHSCT de cette entreprise ! Pour nous, cette décision est véritablement « inique », d’autant que nous assistons au silence assourdissant des premiers élus du territoire, dont le président du Conseil départemental et le président de la région Aquitaine qui accordent des millions d’aides financières d’argent public aux entreprises, parmi lesquelles certaines sont peu scrupuleuses du droit du travail et des libertés fondamentales…

C.R. : Le 3 septembre, une partie de la CGT était réunie pour un meeting de rentrée à Bordeaux. Les militants ont été particulièrement solidaires avec toi.

C.V. : Effectivement, il y avait une très bonne ambiance et les soutiens étaient nombreux. Nous avons pu mesurer combien lorsqu’on attaque un militant ou une organisation, cela devient l’affaire de toute la CGT. Les militants ont bien constaté que lorsqu’on a un discours à contre-courant du discours libéral, on nous tire dessus. Mais on ne se laisse pas faire, à juste titre car ne pas se défendre ce serait envoyer un mauvais message aux salariés, qui pourraient eux-mêmes être effrayés. Les salariés ont le droit de s’organiser pour faire falloir leurs droits, d’exprimer leur avis s’ils estiment que leurs conditions de travail sont dégradées, et la CGT répondra toujours présente.

Plus globalement, ce meeting du 3 septembre nous a permis de voir que les militants sont déterminés à se mobiliser, notamment dans le cadre de la journée d’action du 23 septembre contre la répression syndicale, mais aussi dans le cadre de celle du 8 octobre. Malgré les coups qui nous sont portés, la CGT est pleine de forces, l’état d’esprit est très bon.

C.R. : Nous te souhaitons, ainsi qu’à l’Union départementale CGT, du courage pour la suite du procès. À bientôt Corinne.

C.V. : Merci beaucoup et à bientôt.

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