[Analyse] Une autre répartition des richesses s’impose

Plus la fortune des riches s’accroît, moins forte est la croissance. C’est en substance ce que vient de démontrer une étude du FMI présentée au mois de juin. L’étude souligne aussi que l’assouplissement du marché du travail va de pair avec une inégalité croissante et l’enrichissement des 10% les plus aisés. Elle conclue que la flexibilité du marché du travail bénéficie aux plus riches et réduit le pouvoir de négociation des travailleurs. Dans un même mouvement, les droits sociaux des salariés des États membres de l’Union européenne ne cessent de subir de profondes modifications et remises en cause.

Des organisations syndicales comme la CGT dénonce et conteste les politiques de détricotage systématique des droits et systèmes collectifs de protections sociale des travailleurs, la casse des services publics. En France, elles se traduisent notamment depuis 2013 par loi dite de flexisécurité, la loi Macron celle dite du dialogue social et la réforme territoriale (Etat, collectivités). Elles sont des illustrations nationales des politiques européennes d’austérité, stratégies libérales des chefs d’Etats de UE en réponse à la crise économique et financière. Pour la CGT, il est impératif de sortir de cette vision mortifère pour les travailleurs et les populations. Une autre répartition des richesses s’impose !

>Théorie du « ruissellement » Cette étude du FMI conteste ouvertement la théorie libérale du ruissellement, selon laquelle les revenus des plus riches contribueraient à la croissance.

Un fossé qui s’est creusé

L’étude du FMI souligne que les dirigeants feraient mieux de porter leurs efforts sur les plus pauvres et sur la classe moyenne pour réduire les inégalités et soutenir la croissance. Car, il a été établi que l’augmentation des inégalités et donc de la pauvreté et de la précarité a coûté (entre 1985 et 2005) en moyenne près de 4,7 points de croissance cumulée dans les pays avancés, moins du fait de l’envolée des revenus des plus riches que du sort réservé au 40% les plus défavorisés… Dans les économies avancées, le décrochage du salaire minimum par rapport au salaire médian va de pair avec une hausse des inégalités et la diminution du taux de syndicalisation est fortement corrélée à la hausse des revenus des 1% les plus riches. Et la France n’est pas un bon élève : bien qu’en position moyenne, elle a été le troisième des 34 pays membres de l’Union européenne pour l’augmentation des inégalités pour la période 2007-2011.

La précarité est caractérisée par l’incertitude de conserver ou de retrouver une situation acceptable prochainement, ainsi que par l’absence de certains droits fondamentaux. Pour évaluer la précarité, on tient compte du niveau des ressources, de la nature de l’emploi, du niveau d’éducation… La pauvreté est l’état de manque de ressource d’une personne, l’empêchant de vivre dignement selon ses droits fondamentaux.

Pourquoi moins d’inégalité bénéficie à tous

Toujours selon cette étude, lorsque la part de gâteau des 20% les plus aisés augmente de 1%, le produit intérieur brut progresse moins (-0,08 points) dans les cinq ans qui suivent. En revanche, une augmentation de même importance (+1%) de la part des revenus détenue par les 20% les plus pauvres est associée à une croissance plus forte de 0,38 point. Cette corrélation positive vaut aussi pour la classe moyenne. Pour réduire ces inégalités, les experts du FMI recommandent dans les pays émergents en développement de donner au plus aux plus pauvres accès aux services financiers.

Union européenne et politiques d’austérité

Selon une étude de l’ETUI (Institut syndical européen) publié en 2014 par l’IRS (Institut de recherches économiques et sociales), plusieurs tendances participent à la recrudescence des inégalités, à l’insécurité économique et sociale au sein des Etats membres. Elles ont déjà fait vaciller de nombreux fondements du droit du travail. Ce sont : la réforme des services publics, des systèmes de santé, de l’indemnisation du chômage, des systèmes de relation professionnelles et du droit du travail (y compris temps de travail, contrats de travail atypiques, droit du licenciement). Certaines mesures préconisées par la Commission européenne, notamment à travers les recommandations spécifiques par pays, entraînent des réformes d’ampleur, mises en oeuvre dans un contexte d’austérité touchant aux systèmes de relations professionnelles, mais aussi au droit du licenciement, au temps de travail et à la réglementation des contrats dit « atypiques ». La tendance générale est à la décentralisation de la négociation collective vers l’entreprise, au détriment de la négociation nationale et sectorielle, sous couvert de donner aux entreprises plus de flexibilité pour s’adapter aux besoins du marché.

A quel stade en est la pauvreté en Poitou-Charentes ?

Au dernier trimestre 2014, la situation ne voit aucun signe d’amélioration : l’emploi salarié est en grande difficulté et n’a pas créé les emplois escomptés en 2013. Le taux de chômage est en hausse (voir « Les chiffres du chômage en Poitou-Charentes« ). L’emploi baisse à un rythme plus soutenu qu’au niveau national et touche presque tous les domaines économiques. 13% des picto-charentais vivent sous le seuil de pauvreté, c’est-à-dire avec moins de 11 900 euros par an. Trois départements sont particulièrement touchés : Charente, Charente-Maritime et Vienne. Le secteur de la construction se porte mal (peu de demandes de permis de construire) et les stratégies de délocalisation et d’externalisation dans l’industrie laissent un vide dans l’emploi. Ainsi, en 2014, le nombre de demandeurs d’emploi a augmenté plus rapidement qu’au niveau national, comptabilisant 145 000 demandeurs d’emploi.

Dans la région, les situations de précarité persistent. D’une année à l’autre, les Picto-charentais sont de plus en plus nombreux à bénéficier du Revenu de Solidarité Active (RSA), notamment en complément des faibles revenus d’activités. Fin 2014, 63 700 personnes sont ainsi allocataires du Revenu de Solidarité Active (RSA) en Poitou-Charentes.  Comme en 2013, leur nombre augmente fortement (+6,2 %), et de manière plus importante qu’en France métropolitaine (+5,8 %). L’accélération du nombre d’allocataires du RSA-activité s’explique entre autre par l’augmentation des contrats courts (contrats à durée déterminée, intérim et temps partiel) dans la région et par l’augmentation du nombre de demandeurs d’emploi ayant exercé une activité réduite (catégories B et C). En outre, si la hausse du nombre d’allocataires du RSA activité concerne tous les départements de la région, elle est plus marquée dans le département de Charente-Maritime (+13,7 %), ce département concentrant plus de formes particulières d’emploi (intérim, Contrat à Durée Déterminé et temps partiel) que les trois autres. La Charente-Maritime et la Charente sont ainsi les deux départements les plus concernés par ce complément de revenu (respectivement 23 % et 22 %)

Ils sont aussi de plus en plus nombreux, au chômage depuis une longue durée, à bénéficier de l’Allocation de Solidarité Spécifique (ASS). En 2015, le nombre de dépôts de dossiers de surendettement demeure élevé. Si tous les départements sont concernés par la hausse de la précarité, les disparités territoriales persistent et la Charente demeure le département le plus touché.

En 2014, plus de 106 000 allocations de minima sociaux ont été versées en Poitou-Charentes, soit 5 % de plus qu’en 2013.

Sources : LeMonde.fr ; INSEE ; FMI ; IRS ; ETUI

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