120 ans de la CGT : une exposition sur l’histoire de la Bourse du Travail de Rochefort

Dans quelques mois, la CGT soufflera ses 120 bougies. Cent vingt années de luttes qu’elle fait revivre par le biais de diverses initiatives. En Poitou-Charentes, les premières ont été dévoilées lors du Congrès de l’Union départementale de Poitou-Charentes, les 28 et 29 mai 2015. L’Union locale de Rochefort a conçu une exposition retraçant l’histoire de la Bourse du Travail de la ville, depuis la fin du XIXème siècle. Annie Deborde et Yvonne Bouvier-Graux, toutes deux militantes CGT de cette UL, nous expliquent comment elles ont préparé cette exposition.

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C.R. : Comment s’est construit ce projet ?

A.D. : Ce projet répond à une demande de l’Union départementale CGT Charente-Maritime, qui a sollicité les Unions Locales dans le cadre du 59ème Congrès et des 120 ans de la CGT. Le projet en lui-même s’est construit en deux temps. Pour commencer, nous avons confié à un restaurateur la rénovation de quatre tableaux historiques accrochés dans notre Union Locale de Rochefort. Il s’agit d’une photographie datant de 1900, d’un portrait de Léon Roux – le premier Secrétaire général de la Bourse du Travail-, de deux compositions datant de 1928 et 1939, décorées et calligraphiées, qui listent les premiers secrétaires de la Bourse du Travail – ancien nom donné à l’Union locale – et enfin d’un diplôme reçu par la Bourse du Travail pour la qualité de sa formation en menuiserie. Dans un deuxième temps, à partir de recherches aux archives municipales et dans le fonds patrimonial de la médiathèque nous avons réalisé six panneaux d’exposition présentant les premières années de la Bourse du Travail.

C.R. : Il me semble que le soutien financier de l’Union départementale et du Comité régional CGT a été déterminant dans la réalisation de cette exposition.

A.D. : En effet, faute de moyens financiers, notre UL aurait été en grande difficulté pour fêter les 120 ans de la CGT. L’UD 17 nous a donné un premier coup de pouce très appréciable pour lancer la restauration de nos tableaux qui commençaient à se dégrader. Quant au Comité régional, en décidant  de soutenir financièrement de façon conséquente les projets « 120 ans » présentés par les UD, il nous a permis de faire évoluer notre projet initial et de l’enrichir considérablement. Et n’oublions pas l’aide du syndicat CGT de l’Education Nationale ! Ainsi nous avons pu mener de front à la fois la sauvegarde de documents témoignant de la vie de la Bourse du Travail depuis sa création et une exposition d’ampleur sur l’histoire de la Bourse du Travail de Rochefort, un travail encore jamais tenté.

C.R. : Comment résumer cette exposition ?

Y.B-G.: Nous avons réalisé six panneaux. Le premier porte sur la création de la Bourse du Travail, le second sur son inauguration en 1900, les deux suivants nous permettent de suivre Léon Roux délégué à trois Congrès confédéraux et enfin les deux derniers présentent la bibliothèque de la Bourse du Travail conservée à la médiathèque municipale avec notamment des photos de livres révélant les objectifs et la diversité des centres d’intérêt d’une bibliothèque populaire. Le reste des documents provient des Archives municipales, de la Société de Géographie de Rochefort et du Dictionnaire historique du mouvement ouvrier « le Maîtron ». Il faut préciser que nous avons été très bien reçus par les personnels de la médiathèque, des archives municipales et par les responsables de la Société de géographie de Rochefort.

C.R. : Comment avez-vous travaillé ? Je suppose que vous vous êtes partagé les tâches. Pouvez-vous m’en dire plus ?

Y. B-G. : De mon côté, j’ai travaillé sur la bibliothèque de la Bourse du Travail, bibliothèque qui n’est plus présente dans nos locaux, les livres ayant été versés par l’UL au fonds patrimonial à la Médiathèque de Rochefort en 2001. En effet, elle se dégradait et avait besoin de l’intervention d’un restaurateur, ce qu’a pu faire la Médiathèque. J’ai eu accès à tous les livres et un camarade de l’UL, Guy Silvestri, a photographié les couvertures des ouvrages intéressants pour l’exposition. Les documents de la bibliothèque que nous présentons reviennent aussi sur les principes fondateurs de la CGT : s’occuper du salarié dans toutes ses dimensions et travailler à son émancipation. Cela passe par l’éducation et la formation professionnelle. Nous avons une bibliothèque extrêmement riche qui a nécessité une présentation sur deux panneaux.

Parallèlement, j’ai consulté les délibérations des conseils municipaux de 1890 à 1900 mises en ligne pour retrouver celles où il était fait mention de la Bourse du Travail, de l’idée de sa création à son inauguration.

J’ai également trouvé à la médiathèque plusieurs articles de journaux relatant l’inauguration de la Bourse du travail en 1900 et comportant des extraits des interventions et discours des militants syndicaux de cette époque.

A.D. : Pour ma part, j’ai travaillé sur les 13ème, 14ème et 15ème Congrès de CGT (Montpellier, Bourges, Amiens). J’ai consulté les comptes-rendus réalisés à leur issue par la Confédération. J’y ai suivi Léon Roux, le premier Secrétaire général de la Bourse du Travail de Rochefort. Grâce à ces documents, on apprend par exemple qu’au Congrès d’Amiens, il a voté la fameuse charte d’Amiens, tout comme la majorité des congressistes. On découvre aussi l’identité des militants rochefortais de l’époque qui ont représenté leurs syndicats affiliés à notre Bourse du Travail à ces trois congrès ou encore les syndicats qui ont confié leurs mandats à Léon Roux…

Mais Yvonne et moi avons fait ensemble le choix final des documents et de leur présentation, la rédaction des textes informatifs. Et nous ne devons pas oublier les camarades à qui nous soumettions nos textes et qui nous ont aidés à relire l’ensemble.

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C.R. : Ce travail de collecte et d’appropriation d’informations vous a-t-il personnellement beaucoup appris  ?

A.D et Y. B-G. : Nous étions à la fois en terrain connu et inconnu. Connu, parce que nous étions dans le cadre de l’histoire de la CGT. Inconnu car, à dire vrai, de nos jours à l’UL personne ne pouvait parler de la création de la Bourse du Travail au tout début du siècle dernier. Si les plus anciens se souvenaient que la première Bourse du Travail de Rochefort avait été installée dans une église désaffectée et avaient eux-même travaillé dans ce local des plus originaux, pour les autres c’était l’inconnu total.

C.R. :Ce retour historique montre aussi que les problématiques qui agitent le monde du travail et donc mobilisent la CGT ont une forte ressemblance avec celle du début du siècle dernier, n’est-ce pas ?

Y.B-G : Tout à fait. Ce retour historique nous montre que des problématiques fortes perdurent, tout en se déclinant différemment. Prenons un seul exemple, la durée du temps de travail : nous sommes face à un sujet éminemment d’actualité… mais débattu notamment lors du Congrès d’Amiens, à une époque où la CGT se battait pour la journée de 8 heures. On voit que la durée du travail est une question qui est sans arrêt remise en débat, reposée de façon complètement différente, mais bel et bien présente. La question du temps de travail est toujours un enjeu pour le patronat… et a contrario pour les salariés !

C.R. :De même, vos recherches montrent que la question du rapport de la CGT aux partis politiques est une question qui ne date pas d’hier…

A.D. :Tout à fait, et il nous a semblé utile de donner aux visiteurs de l’exposition la possibilité de relire la Charte d’Amiens de 1906 qui déclare que la CGT est indépendante de « toute école politique » et définit la double « besogne » de la Cgt : travailler à l’amélioration immédiate du bien-être des travailleurs et préparer leur « émancipation intégrale ». Lutte de classe, syndicat de classe, syndicat de masse… : les débats que sous-tendent ces expressions sont toujours d’actualité et Philippe Martinez, en réponse à des interventions des congressistes de l’UD 17, y est revenu et a reprécisé les impératifs de travail concrets dont toute la CGT doit s’emparer.

C.R. : Le « travailler ensemble », mot d’ordre des orientations du dernier Congrès de l’Union départementale de Charente-Maritime est une expression qui puise son origine loin dans le passé.

A.D. :  Oui, et l’exposition le rappelle. Nous avons replacé la création de la Bourse du Travail de Rochefort dans le cadre de l’histoire de celle des Bourses du Travail et nous en avons profité pour rappeler que la CGT est l’union de deux constructions CGT : les syndicats professionnels et les structures territoriales, les Bourses du Travail. La CGT officialise l’union de cette construction en 1895 et crée son logo historique bien connu : les deux mains qui se serrent, représentant les forces professionnelles (les syndicats) et les forces interprofessionnelles (les Bourses du Travail). C’est un logo qui exprime la volonté et la nécessité du « travailler ensemble » : il faut que toutes les structures professionnelles et les structures territoriales interprofessionnelles travaillent main dans la main. Une nécessité de favoriser le « travailler ensemble » qui a effectivement été une fois de plus débattu lors du 59ème Congrès de l’Union départementale de Charente-Maritime.

C.R. : Merci à toutes les deux pour ces informations.

A.D. et Y. B-G. : Merci à toi ! Nous espérons que nos réponses auront contribué à montrer l’utilité de ce type d’exposition en faisant le lien entre des éléments qu’elle présente et les travaux du 59 Congrès de notre UD CGT 17.

Crédit image couverture : Archives municipales de Rochefort

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