Poitou-Charentes : la CGT rend un avis négatif sur la nouvelle carte des formations pour l’apprentissage

Le 2 juin, le Comité Régional de l’Emploi, de la Formation et de l’Orientation Professionnelle (CREFOP), instance de coordination de ces champs sur la région était réuni en comité plénier pour rendre un avis sur la nouvelle carte des formations pour l’apprentissage. Divers représentants des organisations syndicales représentatives au plan national et interprofessionnel en sont les membres, dont la CGT. Evelyne Videau, membre du Comité régional CGT Poitou-Charentes en charge des questions de formation professionnelle a fait une déclaration.

C.R. : Bonjour Evelyne. Dans quel contexte s’est déroulé ce comité plénier ?

E.V. : Toutes les politiques régionales concernant la formation passent par le CREFOP pour avis. La carte des formations en fait partie et est une proposition des Centres de Formation des Apprentis pour lesquels les élus régionaux doivent prendre une décision début juillet. Au regard de cette nouvelle carte, on ne peut que constater que la revalorisation de la voie Professionnelle annoncée d’année en année est un leurre.

C.R. :  Justement, quelle a été la position de la CGT sur cette nouvelle carte ?

E.V. : A travers sa déclaration, la CGT a tenu à rappeler qu’elle était attachée à un service public de la formation, au lycée professionnel, à l’enseignement professionnel sous statut scolaire et qu’il n’était pas question que la carte des formations se fasse au détriment des lycées professionnels. Nous avons aussi insisté sur le fait que nous étions contre la mixité des publics. La CGT est opposée à toute mixité des publics parce qu’elle rend impossible toute pédagogie adaptée aux différents publics. Enfin, la CGT considère, dans ce cadre, que l’égale dignité des filières générale, technologique et professionnelle doit être affirmée.

C.R. : Les gouvernements successifs ont promu l’apprentissage comme la voie royale pour favoriser l’insertion professionnelle des jeunes. Qu’en est-il dans les faits ?

E.V. : Pour l’heure, l’apprentissage signifie surtout le désengagement de l’État en matière d’éducation en permettant au patronat de reprendre la main sur les diplômes et les formations. On assiste à une série de remise en cause de l’enseignement professionnel sous statut scolaire au motif que trop de jeunes sortent du système scolaire sans qualification. Le lycée ne permettrait pas une bonne connaissance du monde du travail et préparerait inefficacement les jeunes, à l’emploi. Mais la réforme du bac pro en 3 ans, imposée en 2009, et les nouvelles grilles horaires qui en découlent, ont considérablement réduit les heures de formation professionnelle dans les lycées professionnels ! Dans le but de rapprocher l’Ecole et l’entreprise, le ministère a développé l’apprentissage dans les lycées professionnels, en instaurant un label Lycées des Métiers. C’est ainsi qu’est apparue la mixité des publics et des statuts. Le lycée des métiers est un moyen pour le patronat de reprendre la main sur la formation professionnelle en lui ouvrant les portes de l’Ecole. Au-delà d’un passeport pour les entreprises et les collectivités, c’est également un moyen de réaliser des économies en proposant une plate‐forme technologique au service du monde économique et de son environnement, sous prétexte d’optimisation des plateaux techniques au détriment de la formation initiale sous statut scolaire. Nous ne saurions accepter cette remise en cause d’un enseignement professionnel sous statut scolaire qui a fait ses preuves et qui, si on lui en donne les moyens tant humains que matériels, saura mener à bien cette mission qui doit rester une mission de service public accessible à tous pour la réussite de tous.

C.R. : Il me semble qu’il est aussi question d’inégalités territoriales.

E.V. : En effet, la CGT demande au Conseil régional, au regard de ses nouvelles compétences, d’être particulièrement attentif à ne pas adapter directement l’offre de formation aux besoins du bassin d’emploi et aux demandes patronales locales. Accepter uniquement ce schéma, c’est basculer vers une  spécialisation des territoires et une accentuation des inégalités territoriales. C’est aussi inféoder la formation professionnelle au dogme de l’employabilité immédiate au détriment de la dimension sociale et émancipatrice qu’elle doit garantir aux salariés.

Une articulation entre la formation initiale et continue doit véritablement se mettre en place permettant ainsi de ne laisser personne sur le bord du chemin. Combattre la notion même d’échec pour renforcer la dynamique des parcours est une action qui passe par l’instauration d’un véritable droit différé à la formation. Et pour que cette formation tout au long de la vie soit efficace elle doit se fonder sur une formation initiale solide validée par l’obtention d’un diplôme. Cela s’inscrit, pour la CGT, dans une perspective d’une sécurité sociale professionnelle des personnes. La CGT considère qu’il faut à la fois miser sur la qualité de la formation et sur l’amélioration de la situation des apprentis, ce qui engage la responsabilité des pouvoirs publics et des entreprises.

C.R. : Merci pour ces informations. A bientôt.

E.V. :  De rien. A bientôt.

Lire l’intégralité de la déclaration CGT au Comité plénier du CREFOP le 2 juin 2015.

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