Pourquoi il n’y a pas vraiment 1,7 million d’emplois en attente dans les entreprises françaises

Plus de 1,7 million d’intentions d’embauche dans les entreprises… Et parallèlement un taux de chômage qui continue d’augmenter (5 262 500 chômeurs en février 2015 en comptant seulement les catégories A, B, C en France métropolitaine). C’est le paradoxe qui ressort de l’étude annuelle de Pôle emploi « Besoins en main-d’œuvre » publiée jeudi 16 avril. Selon cette étude créée il y a près de 10 ans, l’hexagone compterait une véritable manne d’emplois ignorés. Un discours qui revient régulièrement dans la bouche de responsables politiques ou du patron du Medef. De là à tenir pour responsables les chômeurs qui préfèrent rester chez eux plutôt que de postuler à ces offres, il n’y a qu’un pas que franchit régulièrement le patronat. Pourtant, si l’on analyse plus en profondeur les résultats de cette étude, on constate que les choses sont plus complexes qu’il n’y paraît. Majorité d’emplois saisonniers, offres aux salaires et aux conditions de travail moins avantageux et donc moins attractifs (…) : les raisons de ces désaffections sont nombreuses.

1. La confusion des termes

Intention d’embauche, offre non-pourvue, emploi vacant… Les termes se ressemblent mais couvrent pourtant des réalités différentes. > Les intentions d’embauche sont mesurées par cette enquête annuelle menée par Pôle emploi. Cette enquête concerne les besoins à venir sur l’année et a été réalisée grâce aux réponses de 1,6 million d’entreprises. Il s’agit de projets et non pas de postes immédiatement vacants. > Les emplois vacants répondent à une définition précise. Il s’agit de « tous les postes à pourvoir à un moment donné, y compris ceux qui sont à pourvoir depuis quelques jours, ainsi que des postes qui ne sont pas encore disponibles mais pour lesquels des recherches sont en cours ou envisagées ». > Les « offres non pourvues » ne correspondent à aucun concept délimité et donc aucune donnée statistique ne les mesure. Si l’on considère qu’il s’agit des offres pour lesquelles le recrutement a été difficile, plus de trois mois, le COE arrive au chiffre de 570 000 offres sur l’ensemble du marché du travail. Si l’on estime qu’il s’agit des offres qui ont été retirées, faute de candidat, le chiffre est différent.

2. 39 % d’emplois saisonniers

683 419 des intentions d’embauche, mesurées par Pôle emploi, sont en fait des emplois saisonniers. Les métiers agricoles, par exemple, qui envisagent un nombre élevé de projets d’embauche, sont à plus de 85 % des emplois saisonniers. infographie1infographie3infographie2 La problématique est la même pour les serveurs de cafés, de restaurants, les aides à domicile et aides ménagères, les aides soignants (médico-psycho., auxiliaire puériculture, assistants médicaux…), les vendeurs en habillement ou les professionnels de l’animation socioculturelle… Si l’on classe ces intentions d’embauche par type de contrat, on obtient 35 % de CDI, 23 % de CDD de 6 mois ou plus et 42 % d’emplois temporaires. Les « postes à pourvoir » pérennes ne représentent donc qu’un tiers du total. Par ailleurs, les métiers qui embauchent le plus sont, pour la plupart, des postes à faible qualification, comme agent d’entretien, serveur ou professionnel de l’animation. Des offres aux salaires et aux conditions de travail moins avantageux et donc moins attractifs. En Poitou-Charentes, en moyenne 6 projets de recrutement sur 10 concernent le secteur des services et 7 sur 10 des emplois majoritairement saisonniers. Pour René Chartier, mandaté CGT Poitou-Charentes à Pôle Emploi, « si le demandeur d’emploi doit être actif dans sa recherche d’emploi, cela passe par des conditions de travail acceptables, et une rémunération juste. Ce ne sont sans doute pas les emplois extrêmement précaires, saisonniers, sans qualification ou très partiels qui vont attirer les candidats de prime abord. Cela explique en partie que ces emplois ne soient pas pourvus. Dans la Vienne, du côté du Center Parcs de Loudun, on parle de 650 emplois et très peu sont à temps plein. L’essentiel sont des emplois précaires avec une durée de contrat courte (3 mois) et d’une durée quotidienne de travail de seulement 4 heures. Si l’on n’habite pas tout proche du lieu du travail, ce qu’on gagne on le perd dans notre plein d’essence. » Au même titre que la précarité (rémunération, condition de travail…), les droits rechargeables qui sont entrés en vigueur au 1er octobre 2014 avec la nouvelle convention d’Assurance chômage, peuvent être une avancée, mais également être une contrainte, obligeant les demandeurs d’emploi à accepter le pire. Le principe est simple : plus une personne travaille, plus elle a des droits à l’Assurance chômage. Avec les droits rechargeables, tout demandeur d’emploi qui retravaille voit sa durée d’indemnisation par l’Assurance chômage allongée. Partant du constat que des millions de chômeurs avaient un volume de droit pas assez important pour pouvoir toucher des indemnisations chômage, les droits rechargeables ont été pensés pour leur permettre de percevoir à nouveau des indemnisations. « Pour la CGT, c’est une avancée mais pas non plus une panacée. Quand on regarde l’offre d’emploi globale au niveau du pays, c’est surtout des contrats précaires qui sont proposés. Donc pour rouvrir des droits à l’Assurance chômage, de nombreux chômeurs risquent d’opter pour les contrats précaires… » souligne René Chartier. L’idée est tout même alléchante, car derrière ces contrats précaires il y a la possibilité de valider des trimestres de retraites, d’avoir droit à des indemnisations. Mal payés, subissant des conditions de travail difficiles, les saisonniers, dont le nombre augmente sans cesse, représentent une catégorie fortement touchée par la précarité grandissante du monde du travail. Travailleurs certes mais très proche du seuil de pauvreté (890 euros). Permettre aux saisonniers de s’organiser en proximité avec la CGT est le moyen le plus efficace pour eux de faire valoir leurs droits et d’en gagner de nouveaux (Lire le dossier sur le site de la Cgt , Télécharger le Guide des droits des saisonniers). Notamment des moyens de financement de formation professionnelle qualifiante permettant de pouvoir répondre aux intentions d’embauche dites « difficiles« . Il faut plus que jamais demander des moyens pour financer la formation et avoir des droits d’indemnisation pendant la formation. « Cela soulève la nécessité de nourrir nos exigences revendicatives auprès des principaux financeurs : Etat, régions, Pôle Emploi et l’Unedic et les organismes collecteurs de la formation professionnelle » explique René Chartier.

3. 1/3 des offres sont jugées « difficiles » à pourvoir par les employeurs eux-mêmes

Près d’un tiers de ces intentions d’embauche risquent d’être « difficile » à pourvoir. C’est ce que signalent les entreprises à Pôle emploi. Parmi les métiers où on trouve des difficultés de recrutement : régleurs (techniciens chargés du réglage des machines), agents qualifiés de traitement thermique et de surface, couvreurs, ingénieurs et cadres d’administration, médecins, agents de maîtrise en fabrication mécanique, chaudronniers…

4. Des disparités selon les régions

Selon la région, les intentions d’embauche des entreprises sont très différentes. Les chômeurs situés hors des grandes métropoles, du Sud-Est et de l’arc Atlantique ont moins de chance de pouvoir postuler à ces projets d’embauches. En Poitou-Charentes, avec près de 51 000 projets de recrutements en 2015, les perspectives d’embauche en dans la région baissent de 2,4% par rapport à 2014 mais restent au-dessus des chiffres de 2012.

5. Encore insuffisant par rapport au nombre de chômeurs

Faisons l’hypothèse que ces 1 739 000 projets d’embauche soient effectivement tous pourvus par les demandeurs d’emplois : cela ne représenterait que 33 % d’entre eux. Le nombre de demandeurs d’emploi déclarés, inscrits à Pôle emploi, était de 5 262 500 en février 2015 (en comptant seulement les catégories A, B, C en France métropolitaine). En Poitou-Charentes, le nombre des demandeurs d’emploi de catégories A, B et C s’établit à 142 300 fin février 2015. Ce nombre augmente de + 0,2 % (+ 339) par rapport à fin janvier 2015 (+ 7,1 % sur un an). En France métropolitaine, le nombre de demandeurs d’emploi inscrits en catégorie A, B et C augmente de + 0,6 % par rapport à fin janvier 2015 (+ 6,5 % en un an). Par département, le nombre de demandeurs d’emploi de catégories A, B, C varie de – 0,0 % à + 0,6 % en février 2015 par rapport à fin janvier 2015 : Charente (- 0,0 %), Charente-Maritime (+ 0,2 %), Deux-Sèvres (+ 0,3 %), Vienne (- 0,6 %).

Sources : Le Monde ; Pôle Emploi : La Nouvelle République

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