L’aéronautique au secours de l’automobile picto-charentaise : est-ce bien crédible ? La CGT appelle à la vigilance

Le 16 avril dernier se tenait la 2ème Conférence régionale de la Métallurgie. Si cette journée a permis de faire le bilan des deux années écoulées et de dresser la feuille de route pour les trois à venir, elle a aussi été l’occasion pour ses participants de réagir à une étude sur des prétendues possibilités de transferts de compétences entre l’automobile et l’aéronautique. Présentée en mars par l’Union des industries et métiers de la Métallurgie de Poitou-Charentes, cette étude est censée prouver que la filière de l’aéronautique peut compenser le déclin du secteur de l’automobile dans la région. Mais la CGT n’est pas dupe. Commandée bien avant l’annonce de la fermeture à venir de l’usine Federal Mogul de Chasseneuil-du-Poitou, cette étude révélée seulement le 10 avril tombe à point nommé pour le patronat de la métallurgie. Certains militants du syndicat CGT de la Snecma (86) étaient présents. Ils nous ont donné leur avis sur la stratégie de l’UIMM.

Comité régional CGT : Selon l’étude présentée par l’UIMM de Poitou-Charentes le 10 avril dernier au Futuroscope, la filière aéronautique dont le marché devrait être multiplié par deux d’ici 2032 pourrait recruter au moins 300 emplois par an au cours des cinq années dans la région. Les salariés du secteur automobile auraient le profil pour se reconvertir. Cela vous semble-t-il être la solution ?

Freddy Pascual : Il nous semble plus logique de préserver la filière automobile, qui a vraiment besoin d’être aidée, et de faire progresser l’aéronautique. Pour nous, ces transferts sont synonymes de risques de fermetures de certaines filières. De nombreuses entreprises sont menacées dans la sous-traitance automobile. C’est un secteur en pleine érosion qui emploie 3 500 personnes dans la Vienne. 

Michael Garrot : Une entreprise qui ferme comme Federal Mogul dans la Vienne (fermeture annoncée pour fin 2014) laisse sur le carreau 260 salariés. Dans l’absolu, cette stratégie est alléchante pour absorber un peu l’hémorragie, mais en regardant de près cette étude, on s’aperçoit qu’elle ne tient pas la route, qu’elle est imprécise.

C.R. :  Vous doutez de la loyauté de l’UIMM ?

F.P. : Selon nous, l’UIMM n’a qu’un seul objectif : faire de l’argent. Sur le papier, l’embauche de 300 personnes par an d’une filière vers une autre fait rêver. Le problème est que nous n’avons pas de visibilité sur leur stratégie. Sans compter que ce n’est pas à partir d’un tel état des lieux qu’on peut avancer ce genre d’annonce. Comment comptent-ils former ces gens, tiennent-ils compte de l’âge de chacun, ou encore de la zone géographique où ils vivent ? Un employé qui quitte une usine n’a pas forcément envie de faire plusieurs dizaines de kilomètres pour aller travailler dans une autre. Sans compter que dans l’aéronautique, ces dernières années, on embauche beaucoup plus de techniciens et de cadres que d’ouvriers spécialisés ou qualifiés.

Franck Renard. : C’est aussi très délicat de se positionner sur la faisabilité des passerelles, étant donné que nous avons déjà du mal à savoir si notre boîte va tenir le coup et si elle sera encore là dans 5 ans.  

C.R. : Comment se porte la Snecma ? 

M.G. : Actuellement, notre entreprise (ndlr : motoriste aéronautique et spatial) délocalise une partie de ses réparations à l’étranger. C’est mauvais signe. De nouvelles usines viennent d’ouvrir au Maroc et en Chine. On nous explique que c’est pour « capter » des marchés. Pour « compenser » cette délocalisation, l’entreprise va se focaliser sur une seule activité : la maintenance. Nous trouvons cela risqué. Si la pièce sur laquelle nous assurons la maintenance cesse d’être utilisée par les constructeurs, nous perdons notre activité.  À l’origine, notre force, c’est notre diversification.

M.G. : Dans notre secteur (ndlr : l’aéronautique), les nouvelles technologies ont diminué le recours aux réparations. En 10 ans, la Snecma a divisé par deux le nombre de réparations qu’elle assurait. Or, notre coeur de métier c’est à la fois la maintenance et la réparation. Qui nous dit que dans cinq ans, notre entreprise sera encore là ?

C.R. : Quelle suite la Cgt va-t-elle donner à l’annonce de l’UIMM ?

Alain Bizet, animateur régional de la Fédération de la Métallurgie : Nous n’allons pas en rester là. Déjà, parce que nous pensons que la filière automobile n’a pas de raison de poursuivre son érosion : elle a de l’avenir. Mais aussi, parce que nous constatons une fois de plus qu’il y a un vrai problème de dialogue social et de démocratie en entreprises et dans le territoire, puisque l’étude qui nous a été présentée et qui a été commandée par l’UIMM (via le Fonds Paritaire de Sécurisation des parcours professionnels) n’a jamais fait l’objet d’une mise en débat et d’une concertation avec les premiers acteurs du territoire (représentants du personnel, syndicats et organisations territoriales interprofessionnelles). D’autre part, comment parler de transfert de compétences sans que soit abordé le devenir de la filière automobile ? L’UIMM souhaite-elle donner un avenir à la filière ? Nous ne pouvons qu’en douter.

L’idée d’une anticipation des mutations à venir est évidemment intéressante et la CGT la défend depuis longtemps. Néanmoins, nous nous questionnons beaucoup sur la stratégie de l’UIMM, compte-tenu de la méthode employée. Et pour cause, la Charte automobile régionale qui a été signée en 2013 par l’Etat, le Conseil régional, l’UIMM et les 5 organisations syndicales de salariés, devait servir à avoir une meilleure connaissance ce qui se passe dans les entreprises, pour mieux travailler en direction des salariés, sur les conditions de travail, les questions salariales, celles de l’emploi… Elle prévoyait l’organisation de réunions qui oeuvrent pour le dialogue social. Or, rien de tout cela n’a eu lieu. Les aspects d’anticipation qu’elle prévoyait et l’ouverture de droits à des aides publiques ne se sont jamais concrétisés. Pourtant, l’actualité nous montre à quel point le secteur de l’automobile est menacé.Cette Charte a montré son inefficacité avec la fermeture annoncée de l’usine Federal Mogul de Chasseneuil du Poitou, sous-traitant des constructeurs automobiles Peugeot et Renault (dont l’Etat est actionnaire et reste immobile). À ce titre, nous avons toutes les raisons de nous interroger sur la conception que se fait l’UIMM de la Gestion prévisionnelle des emplois et des compétences (GPEC). Pour l’instant, sa vision du dialogue social et de la démocratie est la suivante : travailler toute seule. Cela renforce d’autant plus nos craintes au sujet du contrôle des aides publiques (notamment CICE) et légitime complètement nos revendications pour un contrôle et une évaluation de leur utilisation par les entreprises. Dans l’entreprise… mais aussi au niveau de la filière et du territoire. Cela justifie aussi l’opposition de la CGT au dernier dispositif mis en place : le pacte de responsabilité.

C’est à partir de ce constat, et au vu de l’opacité des dispositifs mis en place par le patronat, que le Comité régional CGT s’est refusé de cautionner le projet présenté par les employeurs (OPCAIM/UIMM) à la Commission Paritaire Interprofessionnelle Régionale de l’Emploi (COPIRE), le 26 mars 2014. Le Comité régional n’a pu que souligner son manque de pertinence et d’efficience face aux enjeux du territoire. Dans les semaines et mois à venir,  le Comité régional CGT va engager un travail sur la filière aéronautique, en collaboration avec le collectif aéronautique CGT régional. Notre organisation syndicale de salariés considère que la filière aéronautique et la filière automobile ont encore un bel avenir dans la région. Ainsi, les élus et représentants syndicaux se préparent à questionner le projet qui a été présenté par l’UIMM. Cela va de soi, mais il est bon de le rappeler : l’automobile et l’aéronautique sont des filières totalement différentes. Cela pose aussi la question du changement de lieu de travail, avec tout ce que ça implique pour l’employé et sa famille. Dès lors, ces transferts de compétences supposent la mobilisation de ressources pour créer les conditions d’un accompagnement réussi des salariés vers leur nouvel horizon professionnel. Ces ressources seront-elles au rendez-vous ? Les profits engrangés par les entreprises ne doivent pas simplement permettre d’engraisser les actionnaires. 

Les élus et les représentants syndicaux vont aussi demander des comptes sur ce que les entreprises ont reçu comme aides publiques pour promouvoir la recherche et le développement, l’investissement productif, la question de la formation professionnelle et enfin l’amélioration des conditions de travail.

C.R. : Merci à tous pour vos témoignages. À bientôt. 

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