En Poitou-Charentes, la Cgt se mobilise contre les politiques européennes d’austérité

Le 4 avril, il étaient une centaine de militants CGT réunis devant la Préfecture de région à Poitiers, à l’appel de la CGT et de la FSU. Venus de toute la région, ils s’étaient déplacés pour faire valoir l’analyse et les propositions des syndicats européens, de nature à réorienter les politiques actuellement menées, vers une nouvelle voie pour l’Europe. Une Europe qui rompt avec les politiques d’austérité et qui engage les investissements nécessaires pour une croissance durable et des emplois de qualité.

Texte_latéral_JM_3Au même moment, une délégation CGT/FSU constituée des quatre Secrétaires des Unions départementales CGT, du Secrétaire régional de la CGT, de militants et du Secrétaire régional de la FSU, était reçue par la Préfète de région. A l’occasion de cette rencontre, Jean-Michel DUPIRE, Secrétaire régional de la CGT a notamment interpellé la représentante de l’Etat sur l’une des propositions des syndicalistes européens, de nature à réorienter les politiques actuellement menées. « J’ai évoqué avec elle la nécessité d’un contrôle démocratique des aides publiques consenties aux entreprises, avec la participation et le contrôle des organisations syndicales, et notamment des représentants du personnel dans les entreprises. » Pour la CGT, ce contrôle doit reposer sur une transparence exemplaire des sommes engagées, de la conception de projets, du suivi de leur mise en oeuvre et de l’évaluation de leur efficience en terme de développement, de soutien économique et d’amélioration des conditions de travail. Et pour cause, un vrai contrôle démocratique est capable d’influer sur la question de l’emploi et de l’amélioration des conditions de travail. D’autant plus que, comme l’ont rappelé les membres de la délégation, le territoire picto-charentais est loin d’être épargné par le manque de transparence et les politiques européennes d’austérité. « Il y a une opacité évidente de la part de certaines entreprises, concernant les aides accordées notamment au titre du CICE [1]. Aujourd’hui, lorsque les comités d’entreprises ou les organisations syndicales veulent connaître les montants des aides qui leur sont versées ou des exonérations dont elles bénéficient, nombreuses sont celles qui refusent de les communiquer. Ce n’est pas acceptable. »

Texte_latéral_AB_1Des dispositifs de soutien aux entreprises jugés inefficaces

De la même manière, le Comité régional CGT Poitou-Charentes n’a pas manqué de rappeler qu’en temps de crise, les dispositifs de soutien et d’accompagnement aux entreprises et à leurs salariés, censés permettre d’anticiper les effets des mutations économiques, ne jouent par leur rôle comme ils le devraient. C’est notamment le cas de ceux issus de la Charte automobile régionale [2]. Pourtant, l’Etat et la Région sont co-financeurs de cette charte signée par le Comité régional CGT le 24 juin 2013« L’intérêt de cette charte est de mieux connaître ce qui se passe dans les entreprises, pour mieux travailler en direction des salariés, sur les conditions de travail, les questions salariales, celle de l’emploi… Elle prévoyait l’organisation de réunions oeuvrant pour le dialogue social. Or, rien de tout cela n’a eu lieu. Le dispositif n’a pas encore été mis en oeuvre, du coup le dialogue social territorial n’a pas joué son rôle. Pourtant, nous constatons des menaces sur un certain nombre d’entreprises dans le secteur de l’automobile. » Et ce ne sont pas les salariés de Federal-Mogul qui diront le contraire.

Une région qui subit les effets des politiques européennes d’austérité

Parmi les militants rassemblés devant la Préfecture de Région le 4 avril, on retrouvait une trentaine de salariés de l’usine Federal Mogul de Chasseneuil-du-Poitou. « Nous sommes là parce qu’on vient d’apprendre la fermeture de notre entreprise pour la fin de l’année. 241 emplois sont sur la sellette. En tant qu’équipementier automobile, nous produisons des pistons pour les constructeurs automobiles PSA et Renault. Ils ont décidé de se fournir autrement, or ce sont nos principaux donneurs d’ordres… » La raison évoquée par ces salariés : le prix des pistons jugé trop élevé pour les deux constructeurs automobiles. Les deux groupes qui ont donc décidé de se passer des services de Federal-Mogul. Alain BIZET, membre du Comité régional CGT et animateur régional de la Fédération de la Métallurgie explique : « Nous avons interpelé la Préfète de région car l’Etat est actionnaire chez Renault et PSA (NDLR : actionnaire majoritaire chez Renault) et à ce titre, il faudrait qu’il y ait une cohérence entre les paroles et les actes. Il aurait fallu que l’Etat, à la fois signataire de la Charte automobile et actionnaire des deux constructeurs automobiles français anticipe la situation en amont (NDLR : cela fait 3 ans que la situation de l’usine de Federal Mogul est connue), qu’il intervienne dans des entreprises dont les sous-traitants sont ou seront bientôt dans cette situation…Cette fermeture annoncée de l’usine Federal Mogul de Chasseneuil-du-Poitou est l’aboutissement d’une situation prévisible. »

Près de La Rochelle, la situation est aussi inquiétante pour les salariés de l’entreprise Delphi de Périgny. L’équipementier américain veut supprimer 150 postes en production à Blois (Loir-et-Cher) et La Rochelle (Charente-Maritime). Un premier plan de départs volontaires s’est déjà traduit en 2009 par la perte d’une centaine de postes. Selon la CGT, il était lié à la création d’un nouveau site de production en Roumanie. En 2014, c’est l’ouverture d’une usine en Chine qui justifie la réduction des effectifs. C’est donc à juste titre que les salariés redoutent, à terme, une fermeture de l’usine.

GPEC et GPEC T à l’épreuve de la pratique

Mais au-delà de l’absence de réaction de l’Etat et de la Région dans le cadre de la Charte automobile, cette situation questionne aussi sur l’efficacité des plans de Gestion Prévisionnelle des Emplois et des Compétences (GPEC) et des GPEC Territoriales. « Lorsqu’on sait que les GPEC et GPEC T sont censés permettre d’anticiper les effets des mutations économiques, technologiques, sociales et démographiques, il y a quelques questions à se poser sur leur efficacité. » ajoute Alain BIZET.

Des menaces sur le financement de la protection sociale

Texte_latéral_PCComme est venue à le rappeler Vanessa COUTURIER, Secrétaire générale de l’Union départementale CGT des Deux-Sèvres, l’impact des politiques européennes de baisse des dépenses publiques des Etats va avoir des conséquences sur l’offre de soins dans les Deux-Sèvres. Si les contours d’un premier projet de restructuration de l’offre de soins avaient été évoqués en 2008, la situation a depuis bien changé. « Actuellement, l’objectif de l’Etat dans la région est toujours de regrouper les soins qui nécessitent des courts séjours sur un nouveau site. Malheureusement, il manquerait 10 millions d’euros par rapport au projet de 2008. Où enlèvent-t-ils ces 10 millions ? En nombre d’agents ? En nombre de lits d’hopistalisation ? » souligne-t-elle. Alors que le nouveau projet a été acté par le Ministère de la Santé en décembre 2013,  Philippe COCHARD, Secrétaire général adjoint du Syndicat CGT de l’Hôpital de Thouars dénonce : « L’Agence Régionale de Santé connait bien les contours du dossier, mais ne veut pas communiquer dessus ! La population n’a aucune information et il y a donc un vrai problème de démocratie sociale. »

Texte_latéral_VC3Le manque de financement pourrait menacer quelques 300 emplois dans le département. « Mais, comme ajoute Vanessa COUTURIER, la situation est aussi délicate du point de vue de compétences de chacun. Le Conseil régional, qui n’a pas la compétence en ce qui concerne les questions de Santé, serait prêt à mettre 12 millions d’euros sur la table pour que ce nouveau projet soit réalisable. « Ce n’est pas à lui de combler un manque de financement de l’Etat ! Un manque de financement qui est la conséquence directe de la réduction des dépenses publiques dues aux accords européens et notamment au TSCG [3]« .

Contrats de Plan Etat-Région

A l’occasion de cette mobilisation, la question de la contractualisation des contrats de plan Etat-Région (CPER) a été posée par le Comité régional CGT à la représentante de l’Etat. Cela fait de nombreux mois que la Cgt fait valoir ses exigences, notamment pour l’affectation et l’utilisation des fonds publics alloués aux politiques visées par cette contractualisation. 

« C’est dans ce cadre qu’au mois de février, explique Jean-Michel DUPIRE, le groupe CGT au CESER a réaffirmé le souhait d’être associé plus en amont aux réflexions et discussions. En ce qui concerne le Contrat de Plan Etat-Région 2013-2020, nous nous sommes exprimés sur le fait que le CESER doit jouer un autre rôle, et ainsi faire des propositions en amont de la finalisation de ce contrat de plan. Il nous semble que notre assemblée représentant la société civile organisée de la région doit contribuer, à son niveau, à l’analyse et au choix sur les priorités à prendre en compte sur un certain nombre de points dans ce CPER. » D’autant qu’avec la décentralisation, l’action publique s’est considérablement complexifiée… Et d’ajouter : « Aussi, il est indispensable de mesurer ce que les politiques engagées ont produit pour ensuite en tirer les enseignements nécessaires à l’éclairage des décisions à venir. « 

Nourrir les prochaines rencontres

Au sortir de cette rencontre avec la Préfète de région, le Secrétaire du Comité régional CGT indique : « La Préfète de région a pris bonne note de nos demandes, elle s’est engagée à se pencher sur le dossier de la Charte automobile et a été ouverte à nos propositions sur la question de l’évaluation des aides et d’une participation adaptée, dans le cadre de la contractualisation Plan Etat-Région. Le Comité régional reviendra vers elle pour formuler des propositions sur les sujets les plus précis que nous souhaitons évoquer et traiter. » Pour nourrir ces prochaines rencontres, la CGT a notamment prévu de diffuser un questionnaire auprès de certains syndicats, afin d’obtenir plus d’informations sur les aides consenties aux entreprises, notamment CICE. Car comme le rappelle Jean-Michel DUPIRE : « Dans le meilleur des cas, nous avons accès aux montants des aides consenties, mais ce que nous ignorons, c’est ce qu’elles produisent. Ce n’est pas normal, encore une fois nous insistons sur le fait que nous devons pouvoir suivre leur utilisation et évaluer leur efficience. »

Galerie de photos

(merci à toutes et à tous de nous les avoir communiqué)

Euromanifestation à Bruxelles

(vidéo de la CFD)

[1] CICE : Crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi – Le CICE a pour objet le financement de l’amélioration de la compétitivité des entreprises à travers notamment des efforts en matière d’investissement, de recherche, d’innovation, de formation, de recrutement, de prospection de nouveaux marchés, de transition écologique et énergétique et de reconstitution de leur fonds de roulement. Source : http://www.economie.gouv.fr

[2] En se focalisant sur la question de l’emploi et des compétences.

[3] TSCG : Traité sur la Stabilité, la Coordination et la Gouvernance