Paroles d’intérimaires

En France, ils sont 2,7 millions de salariés en contrat précaire (10,5% des 25,8 millions d’actifs occupés) particulièrement touchés par les aléas économiques. Ils sont de ceux dont la société a tendance à sous-estimer le nombre, noyés dans une masse nettement plus importante de salariés en CDI (19,6 millions). Par définition, ils sont de ceux qu’on ne voit pas, de ceux qui se désignent eux-mêmes amèrement comme des « bouche-trous ». Véritables variables d’ajustement, ils sont pour la majorité d’entre eux en contrat à durée déterminée (dont 3/4 sont dans le secteur privé), et un cinquième sous contrat de travail temporaire (salariés intérimaires). 


Sources : INSEE , LeMonde , JDN

Sources : INSEE , LeMonde , JDN

Sources : JDN ; Pôle Emploi

DR JDN



Intérim51Sur un an, l’emploi intérimaire en Poitou-Charentes a progressé dans l’ensemble des secteurs d’activités, particulièrement dans la construction (+10,4%) et le tertiaire (+6,2%) (ndlr : au niveau national, l’intérim n’a baissé que dans le secteur tertiaire). En région, sur cette période, l’emploi intérimaire a affiché une hausse de 8,2%, soit +833 intérimaires, tandis qu’au niveau national, la hausse annuelle a été de 6,9%. L’industrie, secteur le plus représenté dans l’emploi intérimaire de la région, compte près de 8200 intérimaires. La construction, 4300. Le secteur tertiaire compte 4128 intérimaires. Bien qu’en baisse sur les deux dernières années, l’emploi intérimaire dans le secteur de l’Industrie reste le plus représenté, quel que soit le département. (Source  : Pôle Emploi in Évolution de l’emploi intérimaire en Poitou-Charentes octobre 2013).

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Intérim50Au niveau national, en août 2013, près de 3 intérimaires sur 4 étaient des hommes. 79,2% d’entre eux étaient des ouvriers (dont 42,6% d’ouvriers qualifiés et 36,6% d’ouvriers non qualifié) venant essentiellement de l’industrie (45%), contre 32,4% dans le tertiaire et 22,1% dans la construction. (Source Pôle Emploi)

Intérim14« Vous avez intérêt à fermer votre gueule » Avant d’arriver dans l’intérim, Simon (c’est son pseudonyme) a travaillé en CDI plusieurs années dans le bâtiment. Avec la crise, son patron a du mettre la clé sous la porte, et son entreprise n’étant pas la seule à en faire les frais, ce jeune de 29 ans a été contraint de se tourner vers l’intérim, plus précisément dans l’industrie, secteur qui recrute beaucoup dans la région. « À peine arrivé dans la boîte, on a  bien compris à quelle sauce on voulait nous manger, nous les petits nouveaux. On nous a fait comprendre qu’on avait tout intérêt à donner le maximum si on souhaitait au moins arriver à 18 mois de contrat, tout en nous faisant miroiter le possible CDI… Du coup, on donne le meilleur de nous-même, on arrive chaque jour bien à l’heure, nous ne sommes jamais absents, même quand notre corps n’est pas en forme. Et peu à peu on nous enlève le meilleur de nous même : notre équilibre. On ne vit plus que pour le travail. » Quand on lui demande de venir travailler pendant son jour de repos, Simon ne fait pas le difficile parce que « tacitement », on lui a bien fait comprendre que sa « reconduction de contrat pourrait en faire les frais« . « C’était un « vous avez intérêt à fermer votre gueule », tout simplement ».

Intérim25« Par défaut, on vous dit non à tout »
« Ce que j’ai appris, c’est que par défaut, les chefs disent non à toutes vos demandes pour bien vous foutre les boules et vous ôter l’envie de demander ou refuser quoi que ce soit. » Des jours de congés, il n’en a pas pris un seul depuis son arrivée il y a plusieurs mois, « j’ai travaillé durant des jours de repos et j’ai fait de nombreuses heures sup’. Ça plaît, mais ça ne vous vaut aucune grâce. Je me sens obligé de me justifier de tout et de rien. Pourquoi est-ce que je devrais tout le temps avoir peur ? » Mais Simon n’a pas envie de prendre le risque de se « faire griller » en refusant de travailler un jour de repos. « J’ai besoin de ce CDI, je viens d’acheter une maison. » 

« Pointé en rouge ? On t’a rappelé par dépit » Certains intérimaires jugés négativement et non titularisés à l’issue de leurs 18 mois d’intérim, sont parfois rappelés plusieurs mois après leur départ. Ils embrayent de nouveau pour une période de travail, pour ainsi dire « catalogués ». « Il savent qu’ils ont été pointés en rouge et qu’ils ne sont là que parce qu’on a vraiment des besoins en main-d’oeuvre. On les a rappelé par dépit, parce que la boîte n’avait pas le choix. Si la boîte n’a pas d’autre choix que de reprendre les mêmes intérimaires, dans ce cas là, pourquoi ne pas embaucher ? »

Intérim39« 3 semaines à ramasser des pièces usinées. Invisible, tu repars comme tu es arrivé »
À la fin des années 2000, la boîte dans laquelle travaillait Alain a fermé. Il a fallu qu’à l’âge de 50 ans, il se trouve un nouveau travail. Depuis, tous les postes qu’on lui a proposé en rapport avec sa formation initiale sont à pourvoir à plus de 50 kilomètres de chez lui. Plus près, les offres d’emploi nécessitent des formations qui ne lui sont pas acceptées. Parmi les formations proposées à ce métallurgiste de formation : permis poids lourds. « Dois-je m’en vouloir d’avoir refusé ? Je ne peux pas me permettre de faire le difficile, mais il y a des limites à ce qu’on vous propose quand on vous reclasse. J’ai ma dignité quand même. Le salaire, je ne suis pas regardant, la nature du travail proposé, pas beaucoup plus, mais je ne veux pas avoir à m’éloigner de ma famille, de mes racines. Je n’ai plus 20 ans, ma vie je l’ai faite ici en Deux-Sèvres, c’est pas à mon âge que je vais changer de département et faire une centaine de kilomètres par jour pour me rendre à l’usine. » Mais Alain est lucide, pour espérer avoir sa retraite à taux plein, il devra se « battre » encore une dizaine d’années : « C’est dingue à dire, mais on s’habitue à vivre dans la précarité. Ça devient routinier, la galère. J’ai travaillé 3 semaines derrière la même machine-outil à ramasser des pièces usinées. Invisible parmi d’autres. Je me sentais pas bien, je ne comprenais pas ce que je faisais là. À vrai dire, je crois que je me fais vieux pour ce genre de chose. »

Intérim41« Des magouilles, j’en ai vu un paquet »
Les boîtes coulent les unes après les autres dans son secteur, alors pour Mathieu, carreleur de formation, passer d’une mission d’intérim à une autre est devenu sa routine. Ce qu’il dénonce ce sont les « magouilles » vues ici et là. Pour remplacer un titulaire, un employeur peut avoir recours à autant de contrats courts qu’il le souhaite avec le même intérimaire. Par contre lorsqu’il recrute des intérimaires pour faire fasse à un accroissement d’activité, le contrat ne peut être renouvelé qu’une fois, l’ensemble ne dépassant pas les 18 mois (renouvellement inclu). « J’ai eu de nombreuses missions de 6 mois avec divers employeurs pour des remplacements. C’est courant. Dans le cas d’un renouvellement pour accroissement d’activité, il existe de nombreuses façons de contourner la loi… Changer le motif ou la justification, par exemple. Si la première fois le motif est : accroissement de l’activité liée à telle commande exceptionnelle, il suffira à l’employeur de parler d’une nouvelle commande à la fin du premier contrat, pour le renouveler. Aucun ne se gêne pour le faire, il faudrait vraiment que cela change, qu’on encadre et surveille mieux ces pratiques. » Les agences d’intérim n’ont pas non plus ses faveurs, au contraire. Pour lui, les agences l’ont « facile« . « Elles nous prennent pour des nomades ! Elle s’étonnent qu’on ne veuille pas faire des dizaines et des dizaines de kilomètres par jour pour un job difficile et mal payé. » Et puis il y a aussi les rengaines qu’il ne supporte plus. «On va voir ce qu’on peut faire, cette phrase je l’ai entendu des dizaines et des dizaines de fois. Le problème c’est qu’il faut toujours les relancer, parce qu’ils ne vous rappellent pratiquement jamais. Ca coûte quoi de prévenir les gens que quelqu’un d’autre a été pris ? On m’a toujours dit que c’était pour tester notre motivation, je n’y crois pas. Moi, cela a provoqué l’effet inverse. »


Intérim44Alors que se déroulent actuellement les négociations sur la nouvelle convention de l’assurance chômage (Lire notre article du 27 février: Assurance chômage 2014 : ouverture de l’avant-dernière séance de négociations ce jeudi), pour les chômeurs, les intérimaires et les intermittents du spectacle, les propositions mises sur la table par le Medef lors de ces négociation sur les règles d’indemnisation du chômage pourraient être lourdes de conséquences.  Suppression des régimes spécifiques des intermittents et des intérimaires, la modulation des allocations en fonction de la conjoncture, la réforme des règles de cumul allocations-petits boulots… la liste est longue.

Pour un intérimaire, le chômage n’est pas un risque, c’est un passage contraint. Dès lors, pour la CGT, il est intolérable que le Medef veuille notamment supprimer l’annexe 4 du règlement de l’Unedic qui formalise les conditions d’indemnisation spécifiques des salariés intérimaires, cela afin d’économiser 340 millions d’euros sur… leur dos !

Pour Alain Wagmann, dirigeant de l’Union syndicale des intérimaires CGT (USI) : « La mobilité et la flexibilité sont organisées par le Medef et les 2,2 millions d’intérimaires que compte ce pays ne sont pas responsables des licenciements, du pillage de notre protection sociale, de la « crise ». C’est au patronat de payer la note des licenciements et de la précarité, pas aux chômeurs et précaires. La suppression de l’annexe 4 entrainerait une baisse des allocations de 20%, c’est inacceptable ! Non négociable ! L’Union syndicale de l’intérim CGT propose la hausse de la cotisation patronale sur les contrats d’intérim de courte durée. Cette augmentation conduirait au renflouement des caisses de l’Unedic à hauteur de 900 millions d’euros et favoriserait la sécurisation professionnelle des salariés intérimaires par l’allongement de la durée des missions et l’embauche en CDI ».

La précarité dans l’emploi est un drame social et économique. L’accord de soi-disant « sécurisation de l’emploi » signée en janvier 2013 par la CFDT, la CGC et la CFTC et rejeté par la CGT et FO n’arrange évidemment pas les choses. Bien qu’elle contienne une première avancée dans la prise en compte de nos revendications en terme de surtaxation des contrats courts, elle ne va pas assez loin. La loi prévoit des taxes supplémentaires pour contrats courts de moins de trois mois, une durée qui est loin de concerner tous les contrats d’intérim.

La CGT revendique entre autre une taxation de tous les CDD et des contrats d’intérim, à hauteur de ce qu’ils coûtent à l’assurance chômage.

Face à la situation sociale vécue par les salariés du privé et du public, les privés d’emploi et les retraités de notre pays, la CGT, FO, FSU et Solidaires décident de faire du 18 mars une journée interprofessionnelle de mobilisation massive. Elles les appellent à prendre toute leur place dans cette journée d’action tant sur leur lieu de travail que dans les territoires. Elles appellent l’ensemble des salariés, chômeurs et retraités à se mobiliser et à participer massivement aux actions interprofessionnelles de manifestations, rassemblements et grèves du 18 mars.

Consulter la déclaration intersyndicale (CGT, FO, FSU, Solidaires) du 21 février 2014.

→ Pour l’occasion, le site du Comité régional Cgt Poitou-Charentes vous propose de découvrir les lieux et heures de mobilisation dans votre région. Cette liste n’est pas exhaustive, l’ensemble des informations seront transmises au plus tard le 7 mars 2014.

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