Dispositif de reconversion des salariés du chantier LGV : la Cgt gagne sa participation

Pour bien mesurer les problèmes  des salariés du chantier LGV et pour les défendre, participer  aux instances ad hoc est particulièrement utile. La Cgt vient de gagner la participation syndicale refusée jusqu’à présent en s’adressant au ministre du travail, le 13 janvier à Poitiers.

Cet événement intervient au moment où ce grand chantier entre dans une étape pleine d’incertitudes et de sérieuses difficultés pour des centaines de salariés. William JACQUILLARD, membre du Comité régional qui suit ce dossier depuis 2010, fait le point avec nous.

C.R. : William, on dit que la période actuelle est difficile pour les salariés du chantier LGV : pourquoi ?

W. J. : Tout au long d’un grand chantier comme celui de la LGV, les salariés ont besoin d’être accompagnés et la Cgt s’y est employée dès le départ avec son collectif de travail  spécifique. Mais nous arrivons maintenant à une période particulièrement délicate avec le « dérecrutement »* des salariés lié à l’achèvement de la première des deux phases de construction. Ce sont près de 2000 ouvriers recrutés pour travailler sur le gros oeuvre et dans des activités induites qui sont dans l’incertitude au sujet leur avenir professionnel. Seront-ils formés d’ici la fin de l’année pour participer à la pose des rails et des infrastructures ferroviaires ? Oui, pour seulement 300 ou 400 d’entre eux… Des emplois leur seront-ils proposés grâce à l’expérience acquise ? Rien n’est sûr !

Or cela fait 4 ans que nous demandons des garanties aux pouvoirs publics et au consortium en charge de la construction du chantier (COSEA). Notre demande a porté sur l’anticipation par la mise en place, dès le départ, d’un système visant à proposer aux salariés au moment de leur sortie, des emplois grâce à l’expérience acquise sur le chantier. La responsabilité de COSEA, à nos yeux, devant être plus engagée.

C.R. : La mise en place de la Plate-forme territoriale d’appui aux mutations économiques LGV SEA est-elle une bonne nouvelle ?

W.J. : Tout d’abord, un bref rappel : début 2013, la DIRECCTE a annoncé la mise en place d’une Plate-forme territoriale d’appui aux mutations économiques LGV SEA. Ce dispositif mis en place par l’Etat découle de ce qu’on a appelé quelques mois plus tôt le «Pacte national pour la croissance, la compétitivité et l’emploi». Ce pacte, signé et adopté le 6 novembre 2012 par plusieurs partenaires sociaux (la Cgt ne l’a pas signé), comprend un certain nombre de mesures visant à créer des plates-formes territoriales d’appui aux mutations économiques. Elles  permettent la mise en place de dispositifs conçus pour aider le territoire à résoudre des problématiques liées aux mutations économiques, dans le cadre de restructurations industrielles et de vagues importantes de suppressions d’emplois, etc.

C’est une avancée… mais il reste à voir comment cette plate-forme d’appui va travailler. La Cgt –et les organisations syndicales- ont toute leur légitimité pour être intégrées à ses comités techniques. Or le 4 décembre 2013, l’ensemble du dispositif nous a été présenté, y compris les comités techniques, et à notre grand étonnement, nous nous sommes aperçus que les organisations syndicales de salariés n’y apparaissaient toujours pas ! Il était intolérable que la Cgt, comme les autres organisations syndicales, ne soit pas conviée à rejoindre ce lieu dialogue social territorial. Cela même alors qu’on y parle emploi, formation, recrutement, reclassement et mise en place de GPECT (gestion prévisionnelle de l’emploi et des compétences territoriales) !

C.R. : La Cgt a décidé de ne pas signer l’accord cadre fixant les conditions de l’ensemble du dispositif. Peux-tu revenir avec nous sur les raisons de cette décision ?

W. J. : Ce même 4 décembre, les différents acteurs présents étaient invités à signer l’accord cadre chargé de décrire l’ensemble de ce dispositif Plate-forme territoriale d’appuis aux mutations économiques LGV SEA. Il a été co signé par tous les acteurs institutionnels, des organisations syndicales patronales et de salariés. La Cgt s’est abstenue, constatant que ses demandes d’intégration aux comités techniques restaient toujours vaines. Or, sans intégration aux comités techniques, il est très difficile de mesurer la réalité des dispositifs mis en place et d’en évaluer l’efficience, alors que nous sommes en présence de financements publics avec, nous semble-t-il, obligation de résultats et de transparence. Et il est très difficile de faire entendre la voix des salariés. Consciente de l’enlisement de la situation, la Préfète de Région a une nouvelle fois donné à la Cgt la garantie que cette intégration aurait prochainement lieu. De notre côté, nous avons proposé de recourir à un avenant à cet accord cadre, lequel prévoirait l’intégration des organisations syndicales au dispositif. On s’est quitté le 4 décembre sur ce souhait.

C.R. : Au mois de janvier, la Cgt a participé à la Table ronde organisée pour le Ministre Michel Sapin. Je suppose qu’elle s’est exprimée ? A-t-elle été entendue ?

W. J. : Invitée très tardivement à la Table ronde organisée le 13 janvier pour présenter au Ministre du Travail, de l’Emploi, de la Formation professionnelle et du Dialogue social, le dispositif Plate-forme d’appui territoriale, la Cgt a saisi cette occasion pour interpeler Michel Sapin. Tout d’abord sur la situation des salariés : quel avenir professionnel à leur sortie du chantier ? Et pour les salariés détachés : quels ont été leurs niveaux d’intervention, en nombre et en secteur d’activité ? Quel a été leur suivi pour la conformité des conditions d’emploi et de rémunération, voire pour ceux qui ont été victimes d’accidents du travail ?… Les questions étaient nombreuses, basées sur le suivi réalisé par nos militants au sein du Collectif Cgt LGV. Sur la question du dialogue social territorial pour le chantier LGV, nous avons réaffirmé la nécessité d’avoir une présence des organisations syndicales de salariés dans le dispositif, notamment dans les comités techniques opérationnels. Nous avons clairement dénoncé cette situation inacceptable. Nous avons été entendus. Le Ministre a insisté sur la nécessité du dialogue social territorial et nous avons finalement pu participer à notre premier comité technique le jeudi 16 janvier 2014, soit 3 jours après la rencontre avec le ministre.

C.R. : Quelle sera la prochaine étape ?

W. J. : Grâce à notre insistance, la situation a pu être débloquée. Aujourd’hui, nous sommes là où les intérêts des salariés sont en discussion. Néanmoins, nous n’avons pas encore d’avenant à l’accord cadre signé. Pourtant, nous rentrons dans l’urgence du chantier social. Il aurait fallu plus d’anticipation en amont : désormais, tout reste à faire ! Notre participation au premier comité technique nous a permis de mesurer l’ampleur de ce qu’il reste à effectuer : l’avenir professionnel de 2000 personnes dépend désormais de la mise en oeuvre réussie du dispositif. Notre participation est plus que jamais irremplaçable dans ce dispositif, afin que les salariés soient bien partie prenante par notre voix de ce qui les concerne.

C.R. : Quelques mots de conclusion ?

W.J. : Progressivement, la Cgt s’est s’imposée dans les lieux où sont discutés les intérêts des salariés du chantier LGV (Lire notre article : La Cgt obtient sa place au Comité de suivi régional du chantier LGV). Je ne manquerai pas de vous tenir informés de la suite de notre travail.

*Terme utilisé dans le cadre des grands chantiers

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