Menaces de licenciements chez EADS : le syndicat CGT Sogerma de Rochefort tire la sonnette d’alarme

L’inquiétude monte chez les salariés de la Sogerma de Rochefort, depuis l’annonce, le 9 décembre dernier, de la suppression de quelque 5 800 emplois sur trois ans en Europe chez EADS. La direction du groupe veut imposer, d’ici le 1er juillet 2014, un accord de compétitivité, qui permettrait à l’entreprise de « faire varier le temps de travail en échange de garanties pour l’emploi des salariés », selon les mots de son directeur de la stratégie, Marwan Lahoud. Le bras de fer que veut imposer le géant de l’aéronautique, de l’espace et de la défense est le suivant : si d’ici la mi-2014, l’accord de compétitivité n’est pas signé, EADS procédera à des licenciements. À terme, ce sont 1500 licenciements secs qui pourraient avoir lieu au niveau européen. Alors que près de 1700 postes sont menacés de licenciements ou de mutations dans l’hexagone, la région Poitou-Charentes n’est pas épargnée. À Rochefort, en Charente-Maritime, la Sogerma (filiale à 100% d’EADS) compte près de 900 salariés. Des salariés inquiets pour leur avenir, mais décidés à se battre, à nil’image d’Antoine GIRAUD, délégué CGT EADS Sogerma.

IMG_1343 [50%]C.R. : Quel est l’état d’esprit des salariés Sogerma de Rochefort depuis l’annonce du président d’EADS, de procéder à des restructurations « draconiennes ».

A.G. : L’ambiance est très particulière : actuellement nous avons du travail, les carnets de commandes sont fournis, mais le bras de fer engagé par la Direction d’EADS inquiète tout le monde. Sans compter que depuis quelques années, la Sogerma craint d’être évincée du groupe EADS. Au premier janvier, EADS est devenu Airbus Group (NDLR : c’est plus vendeur). Jusqu’ici nous avions l’étiquette « An EADS Company » derrière notre nom. Alors que les noms de chaque filiale ont désormais l’étiquette « Airbus Group », la Sogerma n’est plus que… la Sogerma. À la Cgt, on voit cette amputation d’un très mauvais œil, d’autant qu’elle viendrait de la Direction d’Airbus Group et avec l’aval de la nôtre…

C.R. : Derrière cette récente menace de licenciements, on retrouve une restructuration à marche forcée des diverses activités du groupe. Les cadres et ingénieurs seraient particulièrement menacés. Peux-tu nous expliquer pourquoi ?

A. G. : En fait, la restructuration voulue par la direction d’EADS doit entrainer des regroupements d’activités, et donc des regroupements de salariés de diverses branches du groupe. Aujourd’hui, plusieurs filiales du groupe comme la Sogerma ont des activités civiles et/ou militaires parfois identiques. À terme, en regroupant plusieurs activités civiles et militaires dans un nombre réduit de lieux, il y a un risque important de doublons de postes. Des gens faisant le même travail dans deux filiales différentes (recherche, RH, etc.), risquent de se retrouver dans un même lieu. C’est officiellement pour limiter ces « doublons » que la Direction menace d’imposer des mutations ou des licenciements. Certaines filiales rentables détenues par le groupe sont même sur le point d’être vendues.

C. R. : EADS se porte bien, dans ce cas là, pourquoi restructurer ?

A. G. : EADS se porte même très bien, nous avons des commandes pour 10 ans, notamment grâce à l’explosion de la demande dans les pays émergents. Peu d’entreprises peuvent se targuer d’avoir une vue dégagée sur 10 ans. Raison pour laquelle, à la Cgt, nous estimons que cette restructuration est inutile et dangereuse. Elle sert avant tout à justifier les licenciements qui vont permettre au groupe d’atteindre les 10% de rentabilité en 2015.

C. R. : 10 % de rentabilité … pour en faire quoi ? Le réinvestir à long terme ? Le verser en dividendes ?

A. G. : Pour verser des dividendes colossaux aux actionnaires et en attirer de nouveaux. C’est un objectif financier minimaliste, entrainant une stratégie d’entreprise déplorable. Cette restructuration ne plaira qu’aux marchés ! Les actionnaires veulent gagner encore plus d’argent. Rien de mieux que de licencier pour atteindre ces 10% de rentabilité et ainsi faire grimper l’action du groupe (NDLR : et donc attirer de nouveaux actionnaires). Pour faire plaisir à quelques uns, on se prépare à mettre à la porte des centaines d’employés, si l’accord de compétitivité n’est pas signé…

C. R. : Constituant ainsi les boat people de la finance…

A. G. : Voilà…

C.R. : Nous sommes bien loin du temps où la recherche était le nerf de la guerre pour le groupe aéronautique, spatial et de défense.

A. G. : C’est tout à fait ça ! Cette situation pose une question fondamentale : est-ce que la course à une rentabilité maximale doit être une finalité pour un groupe industriel comme EADS, groupe qui doit son rang de numéro deux mondial de l’aéronautique aux risques pris il y a 20 ans par ses ingénieurs et dirigeants ? Derrière cette restructuration, il y a une nouvelle façon de gérer le portefeuille d’activités du groupe, notamment avec des cessions d’activités telle que la défense jugée pas assez rentable (NDLR : Une note interne confidentielle d’EADS prévoit qu’avec la baisse des budgets européens de défense, le carnet de commandes des activités défense plongera d’ici 2018 de 48 milliards à 31 milliards.) et des acquisitions que l’on imagine vite très lucratives… La Cgt dénonce cette course à l’argent facile, à l’enrichissement de quelques uns sur le malheur des autres. La meilleure façon de s’en convaincre est de constater que le groupe n’a plus de grands projets de recherche, simplement à livrer des avions. C’est en partie, une des conséquences du désengagement des Etats dans l’actionnariat de l’entreprise qui a fait énormément baisser le budget Recherche et Développement. Si demain les cadres et ingénieurs sont touchés, après demain ce seront les compagnons, donc l’emploi en général.

C.R. En tant que délégué Cgt Sogerma de Rochefort, comment entrevois-tu la suite des combats à mener ?

A. G. : Si la Cgt et les autres syndicats ne parviennent pas à faire reculer la Direction sur ces restructurations, nous nous battrons jusqu’au bout pour favoriser les mutations éventuelles de certains d’entre nous dans d’autres filiales. Mais nous avons bien conscience qu’une mutation n’est pas une panacée, et que tout le monde ne souhaitera pas être envoyé à plusieurs centaines de kilomètres de chez lui. Sauf que dans les faits, si une mutation est refusée, elle devient un motif de licenciement du salarié.

C.R. : Ces mutations sont donc loin d’être une réponse idéale. On évoque une solidarité entre branches, comment fonctionne-t-elle ?

A. G. : Il y a une vraie solidarité. Nous avons négocié pour que les plans d’embauches soient gelés jusqu’à nouvel ordre, chez Airbus et Eurocoptère, pour éviter les suppressions sèches d’emplois dans l’espace et le secteur militaire, et ainsi favoriser les mutations. Sauf que là encore, tout le monde ne voudra pas être déplacé. Il y a de la solidarité, mais au final elle risque de coûter très cher aux salariés contraints de se déplacer. C’est d’autant plus révoltant que la Direction d’EADS fait bonne figure avec ce gel de plans d’embauches auprès des médias.

Plus que jamais, la Cgt et l’ensemble des syndicats sont contre la signature de cet accord de compétivité visant à accroître la productivité. C’est un chantage honteux de la Direction qu’on peut résumer en deux phrases : vous craignez des licenciements secs ? Soyez plus productifs et nous serons plus cléments. La course à la productivité maximale et à la rentabilité maximale est un danger pour la qualité des produits que nous construisons, on ne fabrique pas des grille-pains, on transporte notamment des gens dans le ciel ! Nous nous battrons jusqu’au bout.

C.R. : Merci à toi Antoine. Tiens nous informés de la situation et à bientôt !

A. G. : Merci à vous et à bientôt, avec de meilleures nouvelles, je l’espère !

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